LE Grand Parcours 2010

Briefing sur le parking
Briefing sur le parking

L'esprit d'aventure est manifestement plus fort que les prévisions météo! Jusqu'à la dernière minute, les organisateurs ont pu craindre le pire. Pourtant, Le samedi 20 mars 2010, à 8h30, un peu plus de 130 personnes ont afflué au pied du Hohneck (1363m) pour participer au Grand Parcours organisé par le club alpin français des Hautes Vosges. A la grande satisfaction de tous, le brouillard épais a vite été balayé par le vent pour laisser la place à de belles éclaircies. Une mâtinée riche en émotion débutait ainsi dans l'enthousiasme et la bonne humeur.

Le programme s'organisait autour d'un véritable parcours d'alpinisme dans les combes du Hohneck. Après une descente sécurisée par une main courante, chacune des cordées rejoignait des couloirs d'ascension représentant une centaine de mètres de dénivelé positif. Cette année encore, les cadres du club alpin avaient repérés et balisés pas moins de huit nouveaux couloirs, d'un niveau de difficulté allant de PD (Peu Difficile) à AD (Assez Difficile). Le moindre passage un peu technique était repéré et sécurisé pour inciter les cordées à s'attaquer à la difficulté. Deux ateliers de rappel avaient également été mis en place pour permettre à chacun de trouver des exercices adaptés à leurs attentes.

 

C'est ainsi une cinquantaine de cordée qui investissaient les couloirs du Wormspel. Parmi celles ci, un peu plus de la moitié d'entre elles avait à sa tête un bénévole du CAF chargé d'encadrer et de former les novices inscrits pour le parcours d'initiation.

 

Cette année, la neige était un peu lourde et gorgée d'eau en raison des températures douces et de la pluie qui s'était déversée sur elle la nuit précédente. Face à mon regard interrogateur, le responsable de ma cordée me donne tout de suite quelques précisions techniques. Les récentes précipitations ont complètement transformé l'état de la neige. Pour la sécurité de tous, le secteur ouvert aux participants a ainsi été limité aux couloirs situés entre la dernière partie du Wormspel jusqu'aux premiers rochers de l'arrête des Spitzkoepfe. Pour les autres secteurs, la neige peut présenter un réel danger car la pluie fluidifie la neige en traversant le manteau neigeux. Il en résulte un risque de « reptation ». Il nous montre alors du doigt une longue cassure dans la neige, signe visible du déplacement de la neige par grande plaque. La faible épaisseur de la neige (probablement pas plus de 30 cm) semble tout à fait inoffensive. Certes, mais si l'ensemble part en glissade, on peut se retrouver enseveli sous plusieurs mètres cubes de neige 100 mètres plus bas.

Pour ceux qui découvraient pour la première fois l'activité, il a fallut tout apprendre. Même marcher n'est pas pareil avec des crampons. L'attention ne doit pas se relâcher non plus. A chaque pas, l'alpiniste doit s'assurer de bien planter ses crampons (sans marcher sur la corde!). En même temps, il doit maintenir une distance suffisante entre chacun pour que la corde reste toujours tendue. « Si la corde n'est pas tendue, la force d'entraînement est décuplée en cas de chute! », nous avertit notre responsable de cordée. On prend alors le risque d'être emporté avec son compagnon de cordée alors que les techniques d'assurage qu'on nous enseigne doivent nous permettre de le stopper. Il en va ainsi tant de notre propre sécurité que de la sécurité des personnes dont la vie pour une mâtinée est reliée à la nôtre par une corde.

Les apprentis alpinistes se sont également familiarisés avec les manipulations de cordes pour s'encorder, se décorder, rétrécir, rallonger l'espacement de la corde entre chacun. Il ont appris à assurer leur partenaire en ravalant la corde une fois au sommet, à le protéger dans une traversée en utilisant son propre poids, à réaliser des nœuds capables de résister en toute circonstance...

 

Outre l'enseignement technique, ces néophytes emporteront également dans leur bagage le souvenir des paysages magnifiques de ce secteur des Vosges. Jamais ils n'auraient pensé pouvoir gravir des espaces aussi pentus et accidentés. Le royaume des chamois leur a ouvert grand les bras. Puis, une fois sorti du couloir enneigé, ils se sont certainement comme moi éclaté sur un dernier passage aérien sur les rochers des Spitzkoepfe. Un vrai régal, un peu plus et je me serais cru en train de gravir un de ces sommets de plus de 2000 mètres qui me font tant rêver. Certes, on est très loin de la réalité car au final, on n'aura pas dépassé les 1300m d'altitude. Mais, l'illusion d'atteindre un sommet était vraiment jouissive...

Explications techniques avec Christophe Moulin, un des deux guides présent au cours du week-end
Explications techniques avec Christophe Moulin, un des deux guides présent au cours du week-end

D'autres participants, pratiquant déjà d'autres activités de montagne, recherchaient des informations plus techniques, notamment sur la manière d'utiliser le piolet et les crampons tant sur neige que sur des surfaces mixtes neige/glace/rocher.

Les alpinistes confirmés, quant à eux, étaient venu pour se remettre en jambe pour la prochaine saison d'alpinisme. Ils enchaînaient les couloirs plus difficiles et arrivaient ainsi à roder la mécanique sur près de 400, 500 voir 600mètres de dénivelés en additionnant tous les couloirs effectués. Ils repartaient tous satisfaits.

 

Un des participant m'a même avoué s'être engagé dans un couloir qui n'était pas autorisé selon le topo fournis par le Club alpin. Il a rapidement compris pour quelle raison cet itinéraire était exclu. Après avoir pataugé un long moment dans une neige capricieuse, neige qui a par ailleurs fini par lâcher sous ses pieds, lui et son coéquipier ont émergés tous penauds pratiquement au pied d'un des deux cadres techniques qui sillonnait la crête pour s'assurer du bon déroulement de la manifestation. Ils ont vite été rassuré. L'heure n'était pas au sermon. C'est forts des conseils bienveillants du cadre technique qu'ils ont pu réfléchir aux difficultés rencontrées et à la manière de mieux appréhender celles-ci lors de leurs prochaines escapades en haute montagne.

 

C'était effectivement une vrai chance que de pouvoir compter sur la présence de Christophe MOULIN et Luc THIBAL. Ces deux cadres techniques sont des guides de Hautes Montagnes mis à disposition par la Fédération Française des Clubs Alpins de Montagnes pour les besoins du rassemblement. Christophe MOULIN est d'ailleurs spécialement chargé de la promotion de l'alpinisme au sein de la fédération. Il coach les jeunes du groupe excellence lors de leurs expéditions vers des sommets toujours plus lointains. Leurs conseils, fondés sur une pratique intensive et de haut niveau, étaient ainsi une vrai mine d'or pour les participants en quête de précisions techniques.

 

Que dire de plus, si ce n'est que ce rassemblement a encore été une grande réussite pour notre club. Ce fut un réel plaisir que de rencontrer et d'échanger avec des amoureux de la montagne et des alpinistes venus d'un peu partout. Pour l'occasion, un groupe de 5 jeunes avait même fait le trajet depuis Bruxelles. (J'espère qu'ils reviendront car les Vosges ont encore beaucoup de trésors à leur révéler surtout qu'ils m'ont indiqué apprécier la pratique de l'escalade). Dans d'autres cordées, force était de constater que les échanges se faisaient en langue allemande. Le CAF de Charlevilles Ardennes, le CAF de Nancy, le club de CAIRNS de Saverne (club rattaché à la FFME) et probablement encore bien d'autres clubs étaient de la partie. Sans compter les personnes qui pratiquent en dehors des clubs et qui ont également profité de cette occasion pour rencontrer d'éventuel futurs compagnons de Cordée.

 

Gilles DANGIN, le président du Club alpin des Hautes Vosges, aura encore su cette année communiquer sa passion de l'alpinisme à tous les participants et ce, dans une ambiance de convivialité et d'ouverture dont il connaît seul le secret.

 

Un grand merci également à tous les bénévoles sans qui cette manifestation n'aurait pas pu avoir lieu. Christian, Gérard et Agnès et Gilles ont passé la semaine à explorer le site et à baliser et sécuriser les couloirs. Jean a assuré toute la gestion de la trésorerie, des inscription et également la couverture journalistique. Pour le jour J, près de 25 bénévoles du Club Alpin des Hautes Vosges et des clubs voisins assuraient également l'encadrement et la formation des participants, soit un cadre du CAF pour deux alpinistes inexpérimentés.

 

Bravo à tous pour cette réussite

 

Marie-Isabelle, une alpiniste débutante qui a passé une super journée